Le projet du G.R.R.R. en 2008
BéLé BéLé présente : LE FATRAS, Théâtre d’objet
La scène se passe dans une cabane où sont entassés un tas d’objets hétéroclites qui nous font part de leur histoire. Sans doute le dernier refuge avant la déchetterie, les bibelots des générations passées prennent la parole pour à coup sûr parler de leur mémoire, la petite histoire dans la grande ; l’important est dans le détail. Pétris de petites manies, ils tentent d’entourlouper le quotidien ; alors le petit monde bourdonne, s’agace, se taquine, s’asticote, se titille, …, ainsi va la vie des choses, ainsi naissent gueguerres et solides amitiés. Sur les étagères, des journaux dégringolent au moindre courant d’air, des boîtes se vident par les coins et, telles des sabliers, marquent le temps qui passe. Les personnages-objets nous parlent, quasi sans mot dire, de tout et essentiellement de rien. Le fatras est une poésie abstraite tout public (à partir de 7 ans), faite de petits riens joyeux et d’anecdotes cruelles ; un conte moderne qui tente d’aborder la vie par le petit bout de la lorgnette.
Paroles d'artiste: Sophie Deck
Depuis 20 ans que je travaille diverses formes de théâtre, particulièrement dans la rue, Le fatras s’est imposé à moi en ce printemps 2007. Je souhaitais concrètement raconter une histoire avec des objets dans un univers clos. Pas n’importe lesquels bien sur. Avec mes jouets, avec ceux qui n’ont cessé de m’accompagner. En réalité ils commençaient à être légion car J’entasse. Imperceptiblement et ce depuis longtemps, j’entasse.
Et les critères d’accumulation sont variés. Ça peut être un trophée de chasse si usé qu’on ne reconnaît quasiment plus l’animal d’origine - la poussière a un langage. Ou un objet fabriqué maison par un artiste qui s’ignore, tellement particulier et personnel, qu’il ne s’inscrit dans aucun code esthétique connu. Ça peut être un objet dont on a été privé dans l’univers familial et qui de ce fait devient une sorte de phantasme privilégié dans l’entassement. Ou encore, un objet représentatif d’une époque qui va entraîner une palette de souvenirs, aigus ou émus..
Quoi qu’il en soit, le regard attendri que je porte sur mes jouets est toujours lié au temps ; l’objet trimballe son histoire et le temps fait le reste. Et troublée, amusée, agacée, que sais-je encore, bref, traversée d’émotions diverses qui passent de l’anodin au fondamental, je m’attache et entasse. Le seul point que ces bidules ont en commun, c’est qu’ils me touchent et que je les fais miens.
Ce phénomène que constitue l’accumulation des objets est plus ou moins développé chez les individus. Une chose est sûre, l’importance subjective que l’on donne aux trucs atteint son point culminant au crépuscule de la vie. Tous ces machins qui nous entourent et qu’on s’est approprié nous rassurent, nous ressemblent et finissent presque par ne former qu’un avec nous-mêmes.
« Montre- moi tes bibelots, je te dirais qui tu es. »
Phénomène de transmission entre l’homme et l’objet, il vieillit en même temps que nous. Et nous arrivons au cœur du sujet, à ce que j’ai voulu raconter à travers ce spectacle, tenter de parler de l’abandon lié à la vieillesse et l’oubli. Que se passe t-il quand un jour on s’aperçoit qu’on ne brille plus, que nos valeurs esthétiques et morales sont devenues désuètes, que la parole est réprimée, que le simple fait d’être là dérange. Alors le silence s’installe ; on se retrouve entre nous pour se raconter des histoires du passé, des anecdotes de vieux qui n’intéressent personne. Le temps n’a plus d’importance. Bienvenue dans le monde des rebus !
Alors j’ai cassé mes jouets, je les ai transformés, articulés, je leur ai donné une seconde vie. Ce décor de cabane constitue leur sarcophage. Et tel Sisyphe remontant son caillou, la vie reprend son cours inlassablement. On se réinvente des priorités. Et quand le monde est réduit à cette remise faite de bric et de broc, le point de vue sur l’importance des choses se modifie, tout devient essentiel. Les objets hétéroclites se racontent, se retrouvent des points communs ; engueulades et grandes joies, chaque épisode, si insignifiant soit-il, devient d’une importance capitale. Chacun a un bifteck à défendre, plus rien ne se fait à la légère et pourtant, tout cela paraît si dérisoire.
Le fatras n’est pas une histoire tragique malgré le sujet, mais revendique néanmoins une certaine forme de mélancolie. Les situations se succèdent de façon drôle, cocasse, absurde, parfois cinglante et même féroce. J’ai souhaité les traiter de manière douce comme on nous susurrerait quelque chose à l’oreille. Fatras d’images, d’envies, d’idées, de mots, de sons et d’émotions ; bref, la vie.


